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Lundi 14 novembre 2005
Même au plus fort de l’opposition française à la guerre en Irak, jamais la France n’avait été autant au centre de l’actualité aux Etats-Unis que ces dernières semaines. Les médias américains en font-ils trop ?
 
A en croire les commentaires sur ce blog, les très nombreux emails que je reçois et les posts sur d’autres blogs, beaucoup sont agacés par la couverture des violences en banlieue par les médias américains. Pêle-mêle, on leur reproche de dramatiser la situation, de ne pas connaître les réalités locales, ou encore de s’ériger en donneurs de leçons. Tout cela mérite d’être nuancé.
 
D’abord, les médias américains n’ont pas fait que diffuser des cartes de France erronées, contrairement à ce qu’ont pu laisser croire les télévisions françaises. Les journaux et télévisions ont en fait multiplié les articles de fonds sur les réalités sociales en France, expliquant en détail une situation politique pourtant compliquée et allant à la rencontre des jeunes.
 
Christian MalarEnsuite, les journalistes français, interviewés sur les télés américaines, n’ont rien fait pour relativiser les événements. Parmi les nombreux exemples, Frédéric Helbert d’Europe 1 : "Nous sommes dans une situation qui peut être – peut mener à une sorte de guerre civile" (7 novembre sur CBS), ou Christian Malar de France 3 à propos des émeutes : "c’est très bien organisé. C’est synchronisé. Organisé" (le 7 novembre sur ABC). A noter : les journaux de CBS et ABC attirent chacun chaque soir plus de 8 millions de téléspectateurs, contre environ seulement 1 million pour Fox News.
 
Cal ThomasLes médias américains sont aussi conscients des différences de traitement avec leurs homologues français, et le revendiquent. Dans Fox News Watch, le "Arrêt sur images" de Fox News, le présentateur qualifie de "censure" la décision de France 3 de ne pas donner le nombre exact de voitures brûlées chaque jour. Et l’éditorialiste conservateur Cal Thomas commente, en parlant des auteurs des violences : "si vous lisez les journaux français, ils les considèrent comme des gens en colère. Ils ne les appellent pas jeunes musulmans. Dire que c’est organisé par des jeunes gens en colère qui recherchent désespérément du travail, c’est comme dire qu’une manifestation du Ku Klux Klan aux Etats-Unis est juste une manifestation d’hommes blancs en colère, au lieu de racistes et voyous. C’est juste nier l’évidence.”
 
Enfin, les medias américains n’avaient pas du tout apprécié la couverture de l’ouragan Katrina par la presse française, et l’avaient fait savoir dans de nombreux articles (voir sur cette page en archives). A l’époque, Libération écrivait par exemple : "La première économie du globe vacille comme un vulgaire Etat du tiers-monde.”  Et Le Monde : "l'Amérique découvre ou redécouvre qu'elle abrite le tiers-monde en son sein." Le New York Times conseillait alors aux médias français de "de regarder les divisions raciales dans leur propre pays".
Par Laurent Desbonnets - Publié dans : Banlieues
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